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5. La concentration dans le secteur bancaire

dimanche 26 avril 2009, par Jean-Paul Simonnet

Les perspectives ouvertes aux activités financières dans le cadre du processus de la globalisation financière et de la construction européenne ont entraîné un important mouvement d’opérations de fusions-acquisitions dans de nombreux pays européens dès le milieu des années quatre-vingt-dix. Les banques européennes poursuivent ainsi une stratégie visant à acquérir une taille critique et à diversifier leur activité selon un modèle de banque universelle. Les rapprochements transnationaux peuvent prendre la forme de participations minoritaires, d’accords de partenariat ou d’acquisitions. [1]

En France on assiste simultanément à un mouvement de concentration et de privatisation. Depuis le milieu des années 1990 les circonstances ont été généralement favorables pour ces opérations.

Pour améliorer leur compétitivité et rechercher des économies d’échelle, des établissements sont amenés à recentrer leurs activités, voire à engager des rapprochements.

- En 1996, prise de contrôle d’Indosuez par le Crédit agricole.
- En 1997, celle du Crédit du Nord par la Société générale.
- En 1998, celle de Natexis par le groupe des Banques populaires et celle du Crédit industriel et commercial (CIC) par le Crédit mutuel.
- En 1999, celle de Paribas par la BNP et celle du Crédit foncier de France par le réseau des caisses d’épargne et de prévoyance.
- Prise de contrôle du Crédit Lyonnais par Crédit agricole SA en 2003 après une offre publique lancée fin 2002.
- Rapprochement en 2005 entre les deux groupes Crédit agricole et Caisses d’épargne dans le cadre d’un partenariat dans le domaine des services financiers aux institutionnels pour créer à parité la holding Crédit agricole Caisse d’épargne investor services (CACEIS).
- En 2006 rapprochement entre les groupes Caisses d’épargne et Banques populaires pour former sous leur contrôle conjoint le groupe de la banque de financement et d’investissement Natixis.
Le rapprochement abouti à la création le 31 juillet 2009 de la banque BPCE Banques Populaires et Caisses d’Epargne. La crise financière a précipité l’union en particulier la mauvaise situation de Natixis qui a enregistré 2,8 milliards de pertes. L’État a conditionné l’octroi d’une aide importante en exigeant la fusion entre les deux établissements. Il devient aussi actionnaire (plafond fixé à 20%) mais sans droits de vote.
- En octobre 2008 BNP Paribas prend 75% des activités bancaires belges du bancassureur belgo-néerlandais Fortis - l’État belge conservant les 25% restants - et 100% des activités assurance Belgique. BNP Paribas prend aussi 66% de Fortis Luxembourg, le reste revenant au gouvernement luxembourgeois. En échange, BNP Paribas verra l’État belge devenir son premier actionnaire avec "environ 11,7%" du capital.

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Principales opérations de concentration et de restructuration intervenues de 1996 à 2008 pour les 15 premiers groupes bancaires français [2].

Le désengagement de l’État a été guidé par le souci de promouvoir la concurrence et s’est manifesté, outre la réforme des procédures de financement privilégiées et l’abrogation de certains statuts spéciaux d’établissements, par les opérations de privatisation.
En 1984, l’État contrôlait plus de la moitié du secteur bancaire, hors réseaux mutualistes, à travers les trois grands groupes bancaires, BNP, Crédit Lyonnais et Société générale depuis 1945 et à travers 36 autres établissements nationalisés en 1982. Le retour au secteur privé des établissements nationalisés a commencé par une première vague de privatisations, de 1986 à 1988, et s’est parachevé à partir de 1993 jusqu’au début des années 2000.
L’agrément de La Banque Postale, nouvel acteur du marché bancaire depuis le 1er janvier 2006, détenu à 100 % par l’État via La Poste. [3]. Au total, à fin 2007, outre les 18 caisses de crédit municipal et la filiale bancaire CMP Banque, du Crédit municipal de Paris, le secteur public comptait seulement trois établissements : Oseo financement, structure de place pour le financement des entreprises, la Banque Solfea (ex-Banque Pétrofigaz détenue majoritairement par le groupe Gaz de France aux côtés de Cofinoga) et La Banque Postale.

Les restructurations se traduisent par une diminution du nombre d’établissements : le nombre des établissements de crédit implantés en France (hors Monaco) a globalement diminué de plus de moitié depuis 1984, (2 000 établissements en 1984 à 747 en 2007) et elles font toujours craindre des conséquences pour l’emploi.

Les banques françaises ne sont pas singulières dans ce comportement, et l’ensemble du paysage bancaire mondial est en pleine transformation. Les banques qui résistent le mieux à la crise, sont des difficultés des autres pour consolider leur position.

En Angleterre, très affectée par la crise financière, la banque écossaise HBOS, numéro un du crédit immobilier, a été reprise par Lloyds TSB, cinquième banque du pays pour environ 15,5 milliards d’euros.
Lloyds Banking Group (LBG) sera un mastodonte dans la banque de détail au Royaume-Uni, comprenant 3.000 succursales et 145.000 employés, avec 20% à 30% des prêts immobiliers, des comptes courants et des cartes de crédit.
Le gouvernement britannique, qui avait garanti l’augmentation de capital de la banque Royal Bank of Scotland dans le cadre de son plan de sauvetage des banques, se trouve désormais actionnaire de celle-ci à hauteur de 57,9% devant la défaillance des actionnaires qui ne se sont pas précipités pour participer à l’augmentation de capital.
En juillet 2008 le groupe bancaire espagnol Banco Santander prend le contrôle du britannique Alliance & Leicester pour environ 1,3 milliard de livres (1,62 milliard d’euros).

En Allemagne selon un accord signé le 14 janvier 2009 Deutsche Bank va acquérir d’abord 22,9% de Postbank, puis 27,4% supplémentaires dans trois ans. L’institution s’est en outre assurée des options sur 12,1% du capital. La banque va verser 1,1 milliard d’euros via une augmentation de capital de Postbank, et Deutsche Post touchera par ailleurs 3,8 milliards d’euros en liquide en deux étapes. Ce qui porte la valeur totale de la transaction à 4,9 milliards d’euros [4].
À la même date la deuxième banque allemande Commerzbank a acheté la Dresdner Bank, et devient son seul actionnaire. L’assureur Allianz [5], l’ancien propriétaire de Dresdner, détient désormais 165,3 millions de nouvelles actions Commerzbank, soit environ 14% du nouveau groupe Commerzbank-Dresdner Bank. À l’issue d’un nouveau plan d’aide publique de 10 milliards d’euros l’État allemand est devenu le premier actionnaire de Commerzbank avec 25% du capital.

Aux États-Unis Bank of America en reprenant en septembre 2008 son concurrent Merril Lynch revendique la plus grosse division de gestion de fortune au monde, avec quelque 20.000 conseillers financiers et quelque 2.700 milliards de dollars d’actifs. Bank of America a également repris Countrywide en 2008, ce qui lui permet de posséder aussi la moitié du plus grand fonds d’investissement coté, BlackRock. Cela n’a pas empêché Bank of America de bénéficier de plusieurs aides du Trésor pour un montant total de 45 milliards de dollars sans compter la garantie accordée pour les créances douteuse de Merril Lynch.
Wells Fargo dispose du plus important réseau de distribution des États-Unis pays, et est devenue la deuxième banque pour les dépôts à la suite de l’absorption de Wachovia en octobre 2008.
J.P. Morgan Chase, devient la deuxième banque commerciale américaine à la suite de l’acquisition de Washington Mutual.

Les schémas de cet article sont empruntés à Virginie Sauget-Guardiolle qui a rédigé pour le site Melchior : Banque : la saison des mariages est ouverte à propos de la fusion en cours entre la Caisse d’épargne et la banque populaire.

Notes

[1] On a assisté aussi en 2007 à une forme inédite de rachat transfrontière en vue du démantèlement du groupe bancaire acquis, portant sur la banque néerlandaise ABN Amro et menée par un consortium composé de banques de trois nationalités différentes, le britannique Royal Bank of Scotland, l’espagnol Banco Santander et le bancassureur belgo-néerlandais Fortis.

[2] Banque de France - Rapport annuel du CECEI - 2008, chapitre 4 : Les principales caractéristiques du système bancaire et financier français.

[3] La Banque postale est une société anonyme à directoire dont le capital est détenu à 100% par le groupe public La Poste

[4] Prévue depuis de longs mois, cette opération avait été remise en cause par la crise financière et la tourmente sur les marchés boursiers, qui s’est traduite par une fonte de la valeur boursière de Postbank.

[5] Qui a racheté la totalité des actions des AGF (Assurances générales de France) en 2007.

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