Un peu d’économie
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0. Qu’est ce que la croissance économique ?

jeudi 30 octobre 2008, par Simonnet Jean-Paul

Dans "Regards sur le monde actuel" publié en 1945, le poète et écrivain français Paul Valéry écrivait : le temps du monde fini commence. Cet avertissement n’avait à l’époque aucune ambigüité, il signifiait simplement qu’il n’y avait plus de territoires inconnus à découvrir sur la terre. Plus de "terra incognita", plus de taches blanches sur les cartes, plus d’espace à conquérir qui pourrait fournir ce que n’avons pas encore, autrement dit : plus d’ailleurs.
Si l’interprétation actuelle conserve ce sens premier elle s’est aussi considérablement enrichie dans deux directions en apparence opposées : la peur de l’épuisement des ressources et de la fin de la croissance, l’espérance liée aux progrès des techniques.

La croissance durable est-elle possible ?

Si le monde est fini alors l’exploitation des ressources qu’il contient doit être gérée autrement : il y a un patrimoine commun universel qu’il faut sauvegarder pour éviter d’entrer dans une période d’extinction massive ce qui est une illustration de la recherche d’un développement durable.

La grande peur de l’autodestruction nourrie tout un courant de la contestation du type de développement économique à l’œuvre aujourd’hui : une illustration dans le genre complainte du dernier des humains...

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Mais, si le temps des grandes découvertes concernant la planète semble approcher de sa fin, la fréquence des grandes découvertes scientifiques s’est accélérée : on peut prévoir approximativement la fin de l’ère du pétrole, mais on ne peut prévoir les découvertes scientifiques du futur et leurs conséquences, on ne peut même pas les imaginer [1]

Demain c’est déjà cela...

Flash Video - 8.6 Mo

L’aveuglement consisterait à reprendre sans précaution ce que le philosophe anglais Francis Bacon pouvait écrire au XVIIème siècle : « Le but de la Science, de la Connaissance, de la Technique, c’est de réaliser tout ce qui est possible », en oubliant l’avertissement lancé depuis par Albert Einstein le 6 août 1945 : « Il y a des choses qu’il vaudrait mieux ne pas faire ». [2]

J’ai trouvé sur un site de partage de vidéos cette présentation qui nous interpelle en posant la question « le saviez vous ? » : à la fin de cette année vous pourrez dire probablement « oui mais ce n’est pas tout ».


D’autres questions doivent être aborder pour passer de la description à l’explication. Il faudra tenter de comprendre comment l’accumulation du capital, l’organisation du travail et le progrès technique permettent la croissance économique.
Il faudra ensuite expliquer pourquoi les sociétés démocratiques restent caractérisées par des inégalités importantes en dépit de l’affirmation d’une exigence de cohésion sociale.
De même, si les économistes s’accordent en général pour dire les formes actuelles de l’internationalisation des échanges et de de la production sont sources de croissance, ils savent aussi qu’elles posent de nombreux problèmes parce qu’elles affectent la cohésion sociale et font parfois obstacle au développement en même temps qu’elles modifient les cadres de l’action publique.

Comment mesurer la croissance économique ?

L’indicateur retenu pour mesurer la croissance économique c’est le taux de croissance du PIB (produit intérieur brut).

1. Qu’est-ce qu’un taux de croissance ?

C’est un taux de variation mais comme il est le plus souvent positif on parle de taux de croissance.
Un taux de variation c’est un rapport qui exprime la part en pourcentage représentant la variation d’une grandeur relativement à cette grandeur.

Si on écrit PIB2008 pour le PIB de 2008 et PIB2007 pour le PIB de 2007 alors

Taux de variation du PIB = (PIB2008 - PIB2007) / PIB2007

Voici les taux de croissance du PIB (mesurés aux prix de l’année précédente chaînés c’est-à-dire en volume) [3]
de 1960 à 2009 (pour 2009 prévision en juin 2009)



Source : INSEE Comptes de la Nation pour 2008 tableau excel séries longues.
Voir aussi : Insee Première N°1201 - juillet 2008 - Soixante ans d’économie française : des mutations structurelles profondes.

Attention : la lecture d’un graphique de ce type doit être prudente : un taux de croissance plus faible, se traduit quand même par une augmentation du PIB (ce dernier augmente simplement moins vite que l’année précédente). Le PIB diminue seulement quand le taux de croissance devient négatif. Si cette situation (taux de croissance négatif) se produit pendant deux trimestres consécutifs au moins, on dit que l’économie est en récession.

2. Qu’est-ce que le PIB ?

C’est un indicateur synthétique de la richesse créée (produite) dans l’année par les producteurs qui résident sur le territoire national (les résidents).

Il reste à dire comment on mesure la création de richesse.

Il faut distinguer la valeur de la production et la valeur ajoutée par les producteurs qui est la véritable création de richesse.

En comptabilité nationale la production c’est :

- la création de produits destinés à être vendus sur un marché (production marchande)
- ou obtenus à partir de facteurs de production eux mêmes vendus sur un marché (production non-marchande).

Comme certains produits sont transformés et intégrés dans d’autres on ne retient pas la valeur produite que nous venons de définir la valeur ajoutée par les producteurs :

Valeur ajoutée = valeur de la production - valeur des dépenses de consommations intermédiaires

Et pour les services non-marchands :

Valeur ajoutée = coût total de la production - valeur des dépenses de consommations intermédiaires

La valeur ajoutée par tous les producteurs résidents, augmentée des impôts sur les produits et des droits de douane et diminuée des subventions est appelée produit intérieur brut, PIB.

3. La croissance économique n’est pas un stock c’est un flux

Les stocks sont le résultat d’une accumulation, par exemple le stock de capital fixe (les équipements) à un moment donné est le résultat des vagues successives (des flux) de FBCF (formation brute de capital fixe) et de la consommation annuelle de capital fixe (l’amortissement puisque les équipements s’usent et perdent de leur valeur).

Le PIB est un flux, la richesse correspondante est en presque totalité utilisée (détruite) dans l’année.

Exemple chiffré pour la France en 2008 (INSEE, Comptes de la Nation)

Valeurs en
milliards d’euros
PIB
1950

Le PIB a augmenté de 58 milliards d’euros (en valeur) entre 2007 et 2008 (3 %).

C’est cette augmentation qui mesure la croissance, mais la plus grande partie de cette création de richesses a été détruite (consommation) ou a servi à remplacer des équipements (consommation de capital fixe).

Le remplacement des équipements a utilisé presque 2/3 de la FBCF de l’année (270 milliards sur 427,2 milliards) !

Importations
563
Total des ressources
2513
Consommation finale
1565
FBCF
427
Variations des stocks
6
Exportations
515
Total des emplois
2513
Pour une valeur disponible représentant 2513 milliards d’euros, l’accumulation nette (Formation nette de capital fixe) représente seulement 157 milliards d’euros (6,24 %).

Vous entendez dire que la croissance économique pour 2008 a été de 0,4%, autrement dit le PIB a augmenté de 0,4%, pourtant vous venez de lire que l’augmentation a été de 3%.
L’écart correspond à la différence entre une mesure en valeur et en volume. En prenant la valeur du PIB mesurée avec les prix de l’année observée, les prix de 2007 pour le PIB de 2007 et les prix de 2008 pour le PIB de 2008 on mesure la croissance en valeur et on trouve 3%.
En prenant la valeur du PIB de 2007 et de 2008 mesurées avec les mêmes prix, ceux de 2007, comme si les prix n’avaient pas changé, on trouve l’augmentation en volume et elle est égale à 0,4%.
Cela montre que l’augmentation en valeur intègre en fait deux évolutions, celle des quantités et celle des prix. Ici les prix ont augmenté en 2008 au rythme de 2,6%.
La distinction volume/valeur est expliquée dans cet article.

Notes

[1] Les autorités londoniennes avaient calculé, dans la seconde partie du XIX° siècle, que si le développement des véhicules à cheval se poursuivait, la ville serait enfouie sous le crottin et qu’il fallait donc limiter la circulation.

[2] Le 6 août 1945 la première bombe atomique est utilisée à Hiroshima. Selon les estimations, à la fin de l’année 1945 la bombe d’Hiroshima avait tué 140 000 personnes, et des dizaines de milliers de blessés devaient succomber au cours des années suivantes. La nouvelle est saluée par la presse comme une formidable avancée : "Une révolution scientifique" titre Le Monde du 8 août ; "Une révolution stratégique" annonce Le Parisien libéré du même j Il faut cependant considérer le contexte : la bombe atomique, c’est d’abord la fin de la guerre et la victoire sur les Japonais. L’horreur atomique n’apparaîtra pas immédiatement. En août 1945, on ne dispose que des informations américaines, on ignore encore l’effet des radiations et surtout on sort à peine de six années de guerre, de privations, d’atrocités et de bombardements parfois terriblement meurtriers : l’aviation britannique, en détruisant Dresde, avait fait environ 120 000 victimes en 3 nuits.

[3] Pour comprendre ce que sont des prix de l’année précédente chaînés voir cet article.

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