Un peu d’économie

6. Le rôle des marchés financiers

mercredi 29 octobre 2008, par Simonnet Jean-Paul

Il faut d’abord rappeler que les marchés financiers sont organisés en bourses des valeurs. Une bourse est toujours une société privée (ou une filiale) qui cherche à faire un profit en rendant un service. Depuis le début des années 1950 les bourses ont engagés un processus de concentration et par exemple, comme je l’ai indiqué dans cet article, les quatre Bourses parisiennes de 1990 (Bourse de Paris - la plus traditionnelle, qui coordonnait le marché des valeurs mobilières, MATIF, MONEP et Nouveau Marché) ont commencé par fusionner pour former une unique société appelée Paris-Bourse, laquelle a ensuite été incorporée avec les Bourses de Bruxelles et d’Amsterdam au sein d’Euronext. Plus récemment encore (2007), Euronext a fusionné avec le New York Stock Exchange, et constitue donc une entreprise véritablement globalisée (des pourparlers avaient également été entrepris avec la Bourse de Francfort, première place de l’Eurozone).
En mettant en relation les offreurs et les demandeurs, l’entreprise qui gère le marché (la bourse, par exemple Euronext-Nyse) rend un service qu’elle fait payer. Comme pour les autres entreprises il y a donc une possibilité de concurrence puisque si le prix pratiqué pour le service rendu est moins élevé sur une autre bourse, les acheteurs et les vendeurs vont rejoindre cette autre bourse.
Cette activité de marché n’est pas la seule, et les bourses remplissent une autre fonction essentielle en assurant la cotation des actifs. Pour les acheteurs et les vendeurs de titres, c’est un service d’information très utile.
Enfin, les Bourses proposent souvent un système d’assurance qui permet de garantir la bonne réalisation des transactions.

La valeur d’une entreprise n’apparait pas directement dans sa comptabilité, puisqu’elle intègre un jugement porté sur la situation actuelle de l’entreprise mais aussi sur son devenir. De ce point de vue les marchés financiers permettent de connaître chaque jour le prix que certains sont prêts à payer pour acquérir l’entreprise, ce qui est l’expression directe de sa valeur.
De même les opérations de restructuration, OPA et OPE sont souvent présentées comme des manipulations financières réalisées pour le seul profit des actionnaires alors qu’elles sont un épisode normal du développement de l’activité des entreprises concernées.
Enfin les transformations récentes des marchés financiers ont renforcé une fonction mal connue : la gestion du risque.

Financement et placement

Les sociétés qui accèdent aux marchés financiers peuvent se procurer sur ces marchés des ressources financières de deux manières :
- en procédant à une augmentation de capital par émission d’actions nouvelles
- en s’endettant par émission de titres de dettes comme les obligations par exemple.

Ce mode de financement constitue un appel public à l’épargne réalisé dans des conditions réglementées et connues de tous. La participation aux marchés financiers confère aux sociétés cotées une notoriété qui rassure les apporteurs de capital et qui garantit la transparence de l’opération.

On ne perdra pas de vue cependant que le financement par le marché concerne les entreprises admises sur les marchés c’est-à-dire moins d’une entreprise sur mille en France. Comme il s’agit de grandes entreprises cela représente cependant une part importante du financement total. Ainsi alors qu’en 1980, les flux de financements externes des sociétés non financières représentaient 30 % du financement total de ces sociétés (donc 70 % était financé par du crédit bancaire), en 2005, c’est 66 % du financement total qui provient des marchés et principalement des émissions d’actions.

Si les entreprises se financent sur les marchés financiers c’est parce q’elles trouvent sur ces marchés des capitaux proposés par les ménages, directement ou indirectement par des intermédiaires financiers. Les placements sur les marchés financiers séduisent les ménages en raison de leur rendement élevé. Acheter des titres c’est poursuivre deux objectifs de gains possibles : un revenu attaché à la détention du titre (dividende de l’action ou intérêt de l’obligation) et une éventuelle plus value à l’occasion de la vente du titre. La réalisation d’une plus value repose sur deux conditions : pouvoir attendre le bon moment pour vendre, acquérir des titres qui ont des perspectives d’évolution favorable et se débarasser rapidement de ceux qui sont sans perspectives à moyen ou long terme. Si on prend l’exemple des actions du CAC 40, en 1992 l’indice était à 1577, pour atteindre 5979 en 1999, redescendre à 3084 en 2002 et finir à 6018 en mai 2007. On voit que la vente actuelle d’un portefeuille constitué en 1992 permet une plus value traduisant une multiplication par 4 (soit 300 %), mais on voit aussi que la vente en 2002 d’un portefeuille acheté en 1999 entaine une moins value importante puisque la valeur est divisée par presque 2.

Valorisation des sociétés

Les marchés financiers permettent d’apprécier la valeur (de vente) d’une société. En multipliant le cours de l’action de la société par le nombre d’actions émises par cette société depuis sa création, on clacule la capitalisation boursière de cette société. C’est en fait le prix qu’il faudrait payer pour acheter la totalité des actions de la société, pour en devenir pleinement propriétaire.

Cette valeur boursière ne correspond pas rigoureusement à la valeur total des actifs de la société. Faire la somme de la valeur des équipements, des batiments, des créances, des disponibilités bancaires et monétaires, des stocks de produits... donne la valeur de vente de l’actif. Mais la valeur de la société inclus une dimension subjective, une appréciation sur les perspectives de croissance de la société. Cette appréciation ne peut pas être résumée par des postes du bilan, elle dépend de l’équipe dirigeante de l’entreprise, des prévisions d’évolution du marché sur lequel se trouve cette entreprise et des restructurations attendues sur ce marché.

La distinction entre marché primaire et marché secondaire peut donner à penser que la société regarde avec peu d’intérêt l’évolution de son cours boursier puisque cela ne concerne pas directement son financement (les actions émises ont permis ce financement, peu importe qui les détient) mais simplement des opérations entre les détenteurs du titre.

Pourtant il est clair que le cours de l’action intéresse la société pour au moins deux raisons. d’une part c’est une indication de la perception collective de la situation de l’entreprise. D’autre part une baisse des cours rend plus facile une opération de rachat lancée de l’extérieur, le risque de perte de contrôle s’accroît.

Restructuration des sociétés

Les sociétés cotées en bourse peuvent utiliser le marché boursier pour opérer des opérations de fusion, ou des fusions acquisitions. Il faut alors que les actions changent de mains pour permettre à une société de prendre le contrôle d’une autre société, avec ou sans son consentement. Ce sont des opérations parfaitement normales dans une économie qui se transforme sous l’effet des innovations et de la concurrence. L’objectif est de permettre une augmentation de la taille de l’entreprise sans passer par la formation brute de capital fixe (achat d’équipements nouveaux) mais en achetant une entreprise déjà en place.

Puisque le capital de la société est divisé en actions détenues par plusieurs actionnaires, le contrôle de la société dépend de l’existence d’un actionnaire ou d’un groupe d’actionnaires disposant d’un nombre suffisant d’actions pour l’emporter dans les votes des assemblées générales des actionnaires en particulier pour nommer les membres du conseil d’administration.
Les prises de contrôle prennent généralement la forme dune offre publique c’est-à-dire une opération dans laquelle l’initiateur de l’offre propose à tous les actionnaires de la société concernée (le public) le rachat ou l’échange de leurs actions sous certaines conditions. Ces conditions doivent être identiques pour tous les actionnaires.

La notion d’"offre publique" regroupe différentes opérations :
- les Offres Publiques d’Achat (OPA),
- les Offres Publiques d’Echange (OPE),
- les Offres Publiques de Rachat d’Actions (OPRA),
- les Offres Publiques de Retrait (OPR).

Chacune de ces offres a ses propres caractéristiques et se rapporte à des initiatives différentes :

L’Offre Publique d’Achat (OPA) consiste à racheter toutes les actions de la société cible aux actionnaires actuels qui sont d’accord pour vendre. Pour cela, la société initiatrice de l’OPA propose un prix de rachat des titres en général supérieur au dernier cours coté.
On distingue les opérations amicales (la société cible est d’accord pour être rachetée), et les opérations inamicales (la société cible va essayer de faire échouer cette tentative de rachat en utilisant toutes ses armes par exemple en faisant une contre OPA en proposant un prix plus élevé).

L’Offre Publique d’Echange (OPE) permet de ne pas sortir d’argent pour acquérir la société cible mais de payer celle-ci avec ses propres titres.

L’Offre Publique de Retrait (OPR) utilisée pour supprimer un titre de la cote. Elle fait généralement suite à une OPA ou une OPE et porte sur le solde des titres qui n’ont pas été apportés à l’offre (le flottant).

L’Offre Publique de Rachat d’actions (OPRA) intervient lorsqu’une entreprise possède des liquidités non employées (de la trésorerie), et veut proposer à ses actionnaires de racheter une part de leurs actions. Cette technique permet mécaniquement de valoriser le cours de bourse de la société et de renforcer le contrôle que la majorité actuelle exerce sur le capital de la société.

Les 10 plus importantes fusions jusqu’en février 2007.

Mutualisation et couverture des risques

Mutualiser les risques c’est partager les risques avec d’autres. L’existence d’un marché organisé et réglementé d’une part, le très grand nombre d’opérations intervenant chaque jour pour chaque titre coté [1] d’autre part, permettent de partager les risques. Le nombre de titres échangés conduit à un prix qui traduit une opinion largement partagée ce qui évite de prendre une décision avec une information de faible qualité.

Depuis le milieu des années 1980, les marchés financiers en Europe continentale et en France en particulier se sont dotés de marché à terme d’instruments financiers permettant de couvrir les risques de variation des prix des titres, des taux d’intérêts et même des indices boursiers.

Le principe des marchés de couverture est toujours le même quelque soit le produit (le titre ou la marchandise) qui sert de base à l’opération (on désigne ce produit par le terme "sous-jacent"). Prenons l’exemple d’une marchandise comme le blé. Le prix du blé varie en fonction de l’offre et de la demande. L’industriel qui achète du blé pour le transformer souhaite savoir à l’avance combien cette matière première va lui coûter et il cherche un vendeur capable de lui promettre qu’à une échéance donnée, 6 mois par exemple, il pourra lui livrer une quantité donnée à un prix fixé aujourd’hui. Si ce vendeur existe le contrat à terme sur le produit, le blé est signé et il se déroulera normalement. L’industriel est couvert contre le risque, alors que celui qui s’est engagé pour la vente à terme assume le risque. Il devra se débrouiller pour trouver dans les 6 mois l’occasion d’acheter du blé à un prix inférieur à celui qu’il percevra lors de la réalisation du contrat initial. Ce sont ces opérations intervenant pendant les 6 mois (elles ne concernent pas l’industriel qui s’est couvert) qui constituent le marché des produits dérivés. En utilisant cette expression on souligne qu’ils correspondent à un produit support (ici le premier contrat sur le blé, le sous-jacent).

Faut-il supprimer les marchés financiers ?

La crise financière actuelle réveille cette vieille question. Nous verrons plus loin quelles sont les causes de cette crise et les risques qu’elle fait courir à l’économie réelle, mais en attendant vous pouvez regarder cet extrait de C dans l’air, du mardi 7 octobre 2008, dans une émission intitulée "La bourse ou la vie".

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Notes

[1] Par exemple le 4 mai 2007 pour l’action de la société Lafarge (ciment en matériaux de construction) 1 235 347 titres ont été échangés alors que le capital de la société est réparti en 176 255 158 titres.

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