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6. La concurrence monopolistique et oligopolistique

samedi 14 février 2009, par Simonnet Jean-Paul

Cet article doit beaucoup à Bernard Guerrien “La concurrence imparfaite” n°254 des Cahiers français pages 32 à 41.  [1]

La concurrence monopolistique

Elle apparaît à chaque fois qu’une entreprise parvient à créer une zone de différenciation pour son produit. La difficulté vient du fait qu’il faut à la fois un produit assez différent pour espérer capter une clientèle spécifique, mais pas trop différent pour pouvoir encore prendre la clientèle des autres.

La concurrence monopolistique exige certaines conditions en plus de la différenciation du produit :

  • la branche de production doit comporter un grand nombre de firmes. Le bien en question doit être produit par 50 à 100 firmes ou davantage, le produit de chaque firme étant un substitut assez proche des produits des autres firmes de la branche (faute de quoi on est dans le cas du monopole ou de la concurrence pure et parfaite)
  • le nombre de firmes dans la branche doit être assez grand pour que chacune d’elles puisse espérer que ses actions ne seront pas remarquées par ses concurrents et qu’elle ne soit pas empêchée d’agir par crainte de représailles de leur part ; quand elles conçoivent leur politique propre de prix et de production, elles ne se préoccupent donc pas explicitement de la réaction de leurs concurrents ; cette condition est normalement satisfaite quand le nombre de firmes est élevé (sinon on retrouve le cas du duopole)
  • l’entrée dans la branche doit être relativement facile, et i1 ne doit exister entre les firmes de la branche aucune entente, ni sur les prix, ni sur le partage du marché (cas de l’oligopole envisagé plus loin). De telles ententes sont généralement difficiles, sinon impossibles, quand le nombre de firmes est élevé

Si chaque firme produit un bien légèrement différent, la courbe de demande de chaque firme s’abaisse vers la droite : si elle élève un peu son prix, elle perdra quelques-uns (mais quelques-uns seulement) de ses clients au profit d’autres firmes. Et si elle abaisse un peu son prix, elle prendra à ses concurrents quelques-uns de leurs clients.

Le graphique décrit l’équilibre de court terme d’une firme en régime de concurrence monopolistique.
Cette firme fixe son prix en P0 et sa production en Q0, car c’est cette association de prix et de production qui maximise son profit : en effet, à ce niveau de profit, la recette marginale est égale au coût marginal ; le prix P0 est supérieur au coût total moyen, à ce niveau, et un profit économique existe.

L’une des conditions de l’équilibre de longue période est que chaque firme ne fasse ni profit économique ni perte, sinon des firmes vont entrer ou disparaître or entrée et sortie sont incompatibles avec un équilibre de longue période. Une autre de ces conditions est que chaque firme maximise son profit.
- À quel prix et à quel niveau de production, ces conditions sont-elles satisfaites ?
On montre que l’équilibre de longue période est atteint en Pl et Q1.

La condition de profit économique nul est satisfaite avec cette association d’un prix et d’une production, car à ce niveau de production le coût moyen de la firme est égal au prix Pl.

Et la condition de maximisation du profit est satisfaite, car la courbe de recette marginale coupe la courbe de coût marginal à ce niveau de production.

La concurrence oligopolistique

Un oligopole est un marché qui ne compte qu’un petit nombre de firmes. Un bon exemple en est fourni par l’industrie du pétrole aux Etats-Unis, dans laquelle, au cours des dernières années, huit firmes seulement ont assuré près de 60 % de la capacité de raffinage du secteur.
Chacune de ces grandes firmes doit, lorsqu’elle établit sa politique de prix et de production, tenir compte de la réaction des autres firmes, car cette politique aura probablement des conséquences pour ces dernières. C’est ainsi que quand l’une des firmes relève son prix du fioul domestique de 10 ou 20 centimes par litre, elle doit prévoir ce que sera la réaction des autres firmes du secteur.

Si ses concurrentes se refusent à relever leurs propres prix, elle devra probablement annuler sa hausse ; sinon, ses concurrentes lui prendront une partie de ses clients. Les oligopoles sont nombreux dans la plupart des pays et de nombreuses raisons expliquent l’existence d’oligopoles : l’une d’elles est constituée par les économies d’échelle (comme pour le monopole).
Dans certains secteurs, il n’est pas possible de bénéficier de coûts faibles sans être en mesure de satisfaire une fraction notable du marché : de ce fait, le nombre de firmes dans ces secteurs est peu élevé, mais les firmes ne sont pas pour autant en situation de monopole et ne souhaitent pas se comporter comme dans la concurrence monopolistique par la différenciation des produits.

La structure des secteurs oligopolistiques tend à encourager les ententes entre producteurs, qui sont peu nombreux et conscients de leur interdépendance. Les avantages des ententes semblent évidents : augmentation des profits, réduction de l’incertitude, et meilleures possibilités d’empêcher l’entrée de nouvelles firmes. Mais il est souvent difficile de les stabiliser, car après la signature d’un accord, rien n’empêche l’une des parties de tricher et d’augmenter son profit aux dépens de ses partenaires.
De plus, les ententes sont généralement illégales ce qui ne signifie pas que ce type d’accords (cartels) n’existe pas. Par exemple, pendant la décennie de 1950, il y a eu une vaste collusion entre les producteurs américains d’équipement électrique. De même, certaines associations ou organisations professionnelles jouent parfois un rôle qui rappelle par certains côtés celui des cartels.
Enfin, quelques cartels peuvent être officiellement reconnus par les gouvernements.
Si un cartel a pour objet de fixer un prix uniforme pour un produit (homogène - il ne s’agit pas ici de différenciation) donné, quel doit être ce prix ? Pour répondre à cette question, le cartel doit calculer sa courbe de coût marginal global.

Si les prix des facteurs de production n’augmentent pas lorsque le cartel s’élargit, cette courbe de coût marginal est la somme horizontale des courbes de coût marginal des diverses firmes. Dans ce graphique, la production qui maximise le profit global des membres du cartel est Q0. Le prix correspondant sera donc P0, qui est le prix du monopole.

Le cartel doit aussi répartir entre ses membres le total des ventes du secteur. Si l’objet du cartel est de maximiser son profit global, il répartit les ventes entre les firmes de telle sorte que soient égaux les coûts marginaux de chacune d elles. Le cartel pourrait procéder autrement et gagner davantage d’argent en répartissant la production entre les firmes de façon à réduire le coût de la production globale du cartel. Si le coût marginal de la firme A est plus élevé que celui de la firme B, le profit global sera accru en transférant une partie de la production de A vers B.

Mais cette nouvelle répartition n’aura sans doute pas lieu, car les décisions du cartel sont le résultat de négociations entre des firmes dont les intérêts et les capacités sont divers.
C’est en fait une négociation politique où ces firmes tentent d’user de leur influence. Celles qui ont le plus de poids et les meilleurs négociateurs sont susceptibles de bénéficier des plus forts quota de vente, même si cela doit relever le coût global du cartel. De même, on peut penser que des firmes dont les coûts sont élevés auront des quotas de ventes plus importants que ce qu’éxigerait une minimisation des coûts, car elles n’accepteront pas les petits quotas que justifierait cependant leur position. Dans la pratique, les ventes sont souvent attribuées en fonction des ventes passées, ou de la capacité de production. Il arrive aussi que le marché du produit soit divisé en zones géographiques, chaque firme ayant son secteur d’activité dans tel pays ou telle région.

Mais les ententes sont fondamentalement instables, les firmes sont toujours tentées de quitter le cartel.

Une firme qui abandonne un cartel - ou qui triche en secret - peut accroître son profit tant que les autres firmes ne font pas de même et tant que le cartel n’inflige pas de pénalité. Mais si toutes les firmes agissent de la même façon, le cartel se désagrège. L’existence même d’un cartel est donc constamment menacée. Ses membres sont incités à ne pas observer ses règles et, si certains le font, d’autres peuvent les imiter. Les rabais occultes consentis par certains tricheurs, ou même ouvertement par des protestataires, réduisent les ventes des membres fidèles, qui sont ainsi poussés à faire comme eux. En fin de compte, le cartel peut disparaître. L’exemple le plus évident de ces difficultés est probablement celui représenté par les stratégies des pays membres de l’OPEP depuis plus de vingt ans.

Pour conclure cet examen rapide des analyses traditionnelles de la concurrence imparfaite il faut rappeler que dans tous les cas, l’écart par rapport à la concurrence pure et parfaite détruit les conclusions exprimées dans les deux théorèmes de l’économie du bien-être. Cette observation conduit les libéraux les plus déterminés à condamner toutes les entraves à la concurrence et à exiger une réglementation contre les ententes.

Il faut cependant nuancer ce reproche au moins pour deux raisons.

  • Cette perte d’efficacité n’est pas toujours importante, alors que les mesures de surveillance de la concurrence peuvent être très coûteuses.
  • L’existence d’un très grand nombre d’offreurs est parfois la cause d’une grande inefficacité parce qu’elle limite les économies d’échelle ou freine l’effort d’innovation et de recherche.

Plus généralement, la présentation néoclassique entretient en permanence la confusion entre concurrence et forme de marché, alors qu’il s’agit dans le premier cas d’un comportement et dans le second d’une institution permettant la formation des prix (G. Stigler insiste sur le fait qu’un marché peut être parfait et monopolistique, ou imparfait et concurrentiel).

Notes

[1] Pour une présentation plus générale voir J. Gabszewicz “La concurrence imparfaite” Repères n°146, La découverte, 1994. Pour aller au-delà, voir les manuels de microéconomie approfondie en particulier Andrew Schotter “Microéconomie, une approche contemporaine” Vuibert 1996 et Edwin Mansfield “Économie appliquée à la gestion” Economica 1996.

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